Un scrutin sans appel au conseil d'administration
Le conseil d'administration de la Fédération Française du Bâtiment (FFB), réuni le 20 mars 2026, a élu Frédéric Carré à sa présidence. Le dirigeant toulousain de 51 ans a recueilli 107 voix sur 194 bulletins exprimés, devançant largement ses deux concurrents : Jacques Blanchet, arrivé deuxième avec 51 voix, et Christophe Possémé, troisième avec 36 voix. Frédéric Carré prendra officiellement ses fonctions le 19 juin 2026, lors du prochain congrès de la FFB, succédant à Olivier Salleron, en poste depuis 2020.
Profil du nouveau président : vingt ans d'engagement fédéral
À la tête du Groupe Carré, une entreprise familiale de métallerie et de construction métallique implantée à Tournefeuille (Haute Garonne) et employant 150 salariés, Frédéric Carré cumule près de vingt années d'activisme au sein de la FFB. Il a présidé la FBTP 31 de 2012 à 2018, puis la fédération régionale Occitanie, avant d'accéder aux fonctions de vice président et de président du conseil des régions de la FFB au niveau national.
Son parcours personnel témoigne aussi d'une capacité de résilience. Le Groupe Carré avait sollicité une procédure de protection auprès du tribunal de commerce en octobre 2023, en pleine crise du secteur. L'entreprise a depuis « renoué avec la croissance et retrouvé l'équilibre financier » selon Batirama, un redressement achevé dès 2025.
Cinq priorités pour un secteur en convalescence
Frédéric Carré a structuré son programme autour de cinq axes stratégiques :
- Relance de l'activité : priorité au logement et à la rénovation énergétique, alors que le secteur a perdu 4 % de volume en 2025 après des reculs de 1,2 % en 2023 et 6 % en 2024 (source : FFB, bilan décembre 2025).
- Accélération de l'innovation : renforcement de la performance des entreprises par les outils numériques et les nouveaux procédés constructifs.
- Attractivité des métiers : le secteur a enregistré 65 000 suppressions d'emplois cumulées depuis 2022 et une chute de 8,9 % des recrutements d'apprentis. Recruter et fidéliser constitue un enjeu existentiel.
- Services aux adhérents : mutualisation des ressources et digitalisation pour les 50 000 entreprises membres de la fédération, dont 35 000 de taille artisanale.
- Lobbying politique : obtenir des arbitrages favorables en matière de simplification réglementaire et de fiscalité de la construction.
« J'ai préparé ce programme pendant un an. Je suis prêt à agir immédiatement », a déclaré Frédéric Carré, selon Zepros Bâti.
Un secteur entre frémissement et fragilité
Le nouveau président hérite d'un secteur contrasté. Les mises en chantier de logements ont rebondi de 8,4 % en 2025, atteignant 283 000 unités, mais restent très en deçà de la moyenne historique de 360 000 logements par an (source : FFB). Les autorisations de construire ont progressé de 16,2 % en 2025, signal encourageant pour 2026.
Pour 2026, la FFB anticipe un retour modeste à la croissance avec +1,8 % en volume, porté principalement par le logement individuel (+11,2 %) et le collectif (+7,5 %). Le non résidentiel neuf, en revanche, plafonne à +0,5 %, et l'entretien amélioration continue de reculer (−0,5 %). La rénovation énergétique, qualifiée de « catastrophique » par la fédération, souffre des changements répétés du dispositif MaPrimeRénov'.
Sur le plan de l'emploi, après 20 000 postes perdus en 2025 (−1,5 %), la FFB prévoit encore 10 000 suppressions en 2026. Le secteur du bâtiment, qui représente 166 milliards d'euros de chiffre d'affaires hors taxes et emploie les deux tiers des 1 286 000 salariés de la branche, reste le premier employeur industriel de France.
Le bilan contrasté d'Olivier Salleron
Le président sortant, Olivier Salleron, aura navigué six ans à la tête de la FFB dans un contexte exceptionnellement difficile : crise sanitaire, flambée des matières premières, remontée des taux d'intérêt et effondrement de la construction neuve. Lors de sa dernière conférence de presse de conjoncture, il a estimé que le bilan devrait être dressé « dans quelques années, parce qu'à chaud, ce n'est jamais très bon ». Son action aura porté sur la digitalisation, la transition écologique et la défense des entreprises fragilisées par les crises successives.
Ce que cela change pour l'immobilier
L'élection de Frédéric Carré intervient à un moment charnière pour l'ensemble de la filière immobilière. La relance de la construction neuve conditionne l'offre de logements, la capacité d'absorption des bureaux vacants par reconversion, et la santé financière de l'ensemble de la chaîne de valeur, des promoteurs aux gestionnaires d'actifs. Un lobbying efficace de la FFB auprès des pouvoirs publics pourrait accélérer la simplification des permis de construire, stabiliser les aides à la rénovation et favoriser la relance du locatif privé, trois leviers essentiels pour le marché immobilier en 2026.
Prochaines étapes
Frédéric Carré prendra officiellement la présidence lors du congrès de la FFB le 19 juin 2026. D'ici là, les négociations budgétaires autour du projet de loi de finances rectificative et les résultats du second tour des municipales pourraient redessiner le cadre dans lequel il exercera son mandat de trois ans, renouvelable une fois.
