Contexte et enjeux de cette 36e édition
Le MIPIM 2026, qui ferme ses portes ce 13 mars au Palais des Festivals de Cannes, aura rassemblé plus de 20 000 professionnels venus de 90 pays. Cette 36e édition, inaugurée par le prix Nobel d’économie 2025 Philippe Aghion, s’est articulée autour de trois axes majeurs : la crise du logement, l’essor des data centers portés par l’intelligence artificielle, et la trajectoire vers le zéro carbone. La remise des MIPIM Awards, le 12 mars au soir, a conclu cinq jours de conférences, négociations et annonces stratégiques.
Les faits clés de la cérémonie
- 40 finalistes représentant 19 pays, dont l’Allemagne, les Pays Bas, le Royaume Uni et la France parmi les nations les plus représentées
- Trois projets français lauréats, tous situés à Paris, dans des catégories distinctes
- Le jury, présidé par Véronique Bedague, directrice générale de Nexity, a évalué chaque projet selon des critères ESG, d’intégration communautaire et de qualité architecturale
- Le vote final reposait sur 60 % de notes du jury et 40 % de suffrages des participants inscrits au MIPIM
BPM, rue de Rivoli : conversion d’un bâtiment historique
Un programme mixte signé Redevco et Franklin Azzi
Le projet BPM, développé par l’investisseur néerlandais Redevco et conçu par l’architecte Franklin Azzi, a remporté le prix dans la catégorie « Best Conversion Project ». Situé rue de Rivoli, ce bâtiment historique a été transformé en programme mixte associant bureaux, commerces, hôtellerie et logistique urbaine. La construction a été assurée par Edivira.
Ce prix illustre une tendance forte du marché parisien : la reconversion d’actifs patrimoniaux plutôt que la construction neuve, dans un contexte où le parc tertiaire français est estimé surdimensionné d’environ 30 % selon plusieurs analyses présentées au MIPIM.
La Fondation Paris et 25, avenue Matignon : l’excellence parisienne
PCA STREAM, l’agence qui signe deux projets finalistes
Parmi les autres projets français distingués figurent La Fondation Paris, conçue par l’agence PCA STREAM pour le compte du développeur GALIA, et 25, avenue Matignon, porté par BNP Paribas Asset Management avec l’architecte PCA STREAM et le promoteur Sefri Cime. L’agence PCA STREAM se positionne ainsi comme l’un des cabinets d’architecture les plus influents du cycle actuel, avec deux réalisations retenues parmi les 40 finalistes mondiaux.
Ces projets parisiens reflètent la prime de liquidité dont bénéficient les actifs « core » du Quartier Central des Affaires, où les investisseurs institutionnels sont revenus en force après deux années de correction liées à la hausse des taux.
Un MIPIM marqué par trois mutations structurelles
Le logement, urgence politique et économique
Le programme « Housing Matters! » a réuni le ministre délégué au Logement Vincent Jeanbrun, des maires de grandes métropoles et des investisseurs institutionnels. Les discussions ont porté sur les modèles de financement alternatifs, la construction modulaire (qui réduit les délais de livraison de 40 % selon les études de cas présentées) et la densification urbaine dans un cadre ZAN de plus en plus contraignant.
Data centers : de l’infrastructure numérique à la classe d’actifs
Le tout premier « Data Centers Summit, From Bits to Bricks » a rassemblé opérateurs, investisseurs et collectivités autour d’un constat : la capacité mondiale des data centers doit tripler d’ici 2030 pour répondre à la demande liée à l’IA, au cloud et à la 5G. En France, ce segment attire déjà des investissements massifs, positionnant le pays comme l’un des premiers marchés européens pour cette classe d’actifs émergente.
Trajectoire « net zero » et reconversion d’actifs
Les critères ESG ont dominé l’évaluation des MIPIM Awards, le jury exigeant une approche holistique de la durabilité couvrant le carbone opérationnel, le cycle de vie des matériaux et l’adaptation climatique. Les certifications BREEAM, HQE et WELL Platinum sont devenues des prérequis pour les actifs « prime », et la reconversion des bureaux obsolètes en logements s’impose comme la réponse privilégiée à la double problématique du surdimensionnement tertiaire et de la pénurie résidentielle.
Signaux de marché captés à Cannes
Plusieurs indicateurs économiques ont alimenté les échanges sur la Croisette. Le volume d’investissement en immobilier de bureaux en France a atteint 6,94 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de 32 % sur un an. Les taux de crédit immobilier se sont stabilisés en mars 2026 autour de 3,26 % sur 20 ans en moyenne, et les banques restent sélectives dans l’octroi de financements.
« La France reste l’un des marchés immobiliers les plus dynamiques et attractifs d’Europe », Nicolas Boffi, directeur du MIPIM
Les grands investisseurs internationaux, de BlackRock à Brookfield en passant par Blackstone, étaient présents en force. Plus de 70 % des principaux gestionnaires d’actifs mondiaux ont participé à cette édition, signe d’un regain d’intérêt pour le marché français après le point bas de 2024.
Ce que révèlent ces prix pour les investisseurs
La triple victoire française aux MIPIM Awards confirme plusieurs tendances exploitables. La reconversion l’emporte sur la construction neuve pour les actifs parisiens : les investisseurs capables d’identifier des immeubles patrimoniaux à repositionner captent une prime de valeur significative. L’architecture signée par des cabinets reconnus (Franklin Azzi, PCA STREAM) constitue un levier de valorisation à part entière, les locataires et acquéreurs étant prêts à payer un supplément pour des espaces conçus par des architectes de renom.
Pour les professionnels du secteur, ce palmarès souligne que Paris intra muros conserve son statut de valeur refuge, même dans un marché européen encore convalescent. Les capitaux internationaux se concentrent sur les actifs « core » transformés, au détriment des périphéries et des constructions neuves standard.
Prochaines échéances à surveiller
L’élan du MIPIM 2026 sera mis à l’épreuve dans les prochains mois. Les volumes d’investissement du premier trimestre, attendus en avril, confirmeront ou infirmeront la trajectoire de reprise. Le déploiement des réformes urbanistiques annoncées par le gouvernement et l’impact concret du ZAN sur l’offre foncière disponible seront également des catalyseurs clés. Enfin, le premier Data Centers Summit a posé les bases d’un nouveau segment : les prochaines opérations sur ce créneau permettront de mesurer si l’appétit affiché à Cannes se traduit en transactions réelles.
