Un volume transactionnel toujours élevé malgré le recul des grandes surfaces
Paris La Défense a enregistré 106 transactions en 2025, selon le bilan publié le 3 mars 2026 par l’établissement public. Ce chiffre, le deuxième plus élevé après les 114 signatures de 2024, confirme la vitalité du premier quartier d’affaires européen. Le volume placé s’établit toutefois à 149 320 m², en retrait par rapport aux 211 200 m² de l’exercice précédent.
L’écart s’explique principalement par la raréfaction des opérations de grande envergure : seulement trois transactions supérieures à 5 000 m² ont été conclues, contre huit en 2024. Plusieurs signatures de surfaces importantes, retardées par des processus décisionnels plus longs, devraient se concrétiser au cours du premier semestre 2026.
Les PME et ETI tirent le marché locatif
La dynamique provient désormais des segments intermédiaires. Les prises à bail inférieures à 5 000 m² affichent une surperformance notable, portée par des entreprises de taille moyenne qui trouvent à La Défense une offre adaptée à leurs besoins. 73 % des transactions ont impliqué des sociétés externes au territoire, preuve de l’attractivité renouvelée du quartier.
Fait significatif : 40 % des entreprises quittant Paris pour des surfaces de moins de 5 000 m² ont choisi La Défense comme destination. Le quartier s’impose ainsi comme la première alternative à la capitale pour les structures cherchant à conjuguer accessibilité, qualité de service et compétitivité des loyers.
KPMG, Sopra Steria : les méga renouvellements sécurisent le socle
Deux renouvellements majeurs sont venus consolider l’ancrage des grands comptes historiques. KPMG a reconduit son bail sur 41 000 m² dans la tour EQHO, propriété d’Icade, avec un engagement ferme courant jusqu’en 2031. Ce renouvellement, combiné à la signature d’un bail de quatre ans avec la Préfecture des Hauts de Seine sur 15 015 m² (à environ 400 €/m²/an), a permis à la tour de 80 000 m² de retrouver un taux d’occupation de 100 %.
De son côté, Sopra Steria a prolongé son bail sur 22 500 m² dans l’immeuble Latitude, développé par Générale Continentale Investissements (GCI), jusqu’en 2035. L’ESN invoque la satisfaction de ses collaborateurs, la qualité des services intégrés et l’accessibilité renforcée par la station RER E. Latitude, l’un des rares immeubles en France certifié BREEAM Outstanding, accueille quelque 2 000 salariés.
Du luxe à la pharmacie : les nouveaux visages du quartier
La diversification sectorielle constitue le fait marquant de ce bilan. Historiquement dominé par la finance, le conseil et l’énergie, le quartier attire désormais des acteurs issus du luxe, de la mode et de la beauté. En 2025, Lacoste s’est installé dans l’immeuble Altiplano, rejoignant un périmètre où opèrent déjà Kering, Christian Dior, Sephora et Pandora.
La filière santé prend également une dimension nouvelle. Merck, Biogen, Leo Pharma et Takeda forment un noyau pharmaceutique auquel s’ajoutera bientôt Sanofi. Le géant français prépare l’installation de son siège administratif dans l’immeuble CB3, restructuré en bas carbone par Icawood, sur environ 35 000 m². Quelque 2 700 collaborateurs, aujourd’hui basés à Gentilly, y emménageront au second semestre 2027.
Garmin, Ingenico, Kantar, Devialet : les signatures qui comptent
Au delà des renouvellements, plusieurs prises à bail illustrent l’élargissement du tissu économique local. Garmin et Kantar se sont positionnés dans l’ensemble Cœur Défense, Ingenico a rejoint la tour CB21, Sage a choisi l’immeuble Landscape et l’audio haut de gamme est représenté par Devialet, installé dans le Watt. Le cabinet d’architecture Jean Paul Viguier et Associés a même élu domicile dans la tour Aurore, signe que les professions créatives s’approprient le quartier.
Un taux de vacance en léger reflux
Le taux de vacance s’est établi à 14,6 %, en légère baisse par rapport à l’exercice précédent. Ce niveau reste élevé au regard des standards parisiens, mais la tendance est encourageante. La vacance se concentre sur les actifs obsolètes, tandis que les immeubles restructurés ou neufs affichent des taux de commercialisation nettement supérieurs.
À l’échelle de l’Île de France, l’offre immédiate de bureaux atteint 6,24 millions de m² (+11 % sur un an), portant le taux de vacance régional à 10,7 % (source : Cushman & Wakefield). La Défense, malgré ses chiffres plus élevés, bénéficie d’un pipeline de restructurations lourdes susceptibles de repositionner ses actifs vieillissants.
Quelles perspectives pour 2026 ?
Plusieurs opérations de grande taille, décalées depuis 2025, devraient se matérialiser au cours des prochains mois. Le MIPIM 2026, qui se tient à Cannes du 9 au 13 mars, a déjà donné lieu à des annonces significatives, notamment un appel d’offres lancé par CBRE sur le centre d’affaires Paris Trocadéro (plus de 41 000 m², 30 millions d’euros de loyers annuels), détenu par le fonds allemand Union Investment.
La Défense peut aussi compter sur l’arrivée programmée de Sanofi fin 2027 et sur la montée en puissance du quartier des Groues, vaste projet urbain prévoyant 630 000 m² de développement, dont 200 000 m² de bureaux et 5 000 logements neufs. Cette extension doit accueillir à terme 12 000 habitants et 12 000 emplois supplémentaires.
Le premier quartier d’affaires européen n’est plus seulement un concentré de tours abritant banques et cabinets de conseil. Il se transforme en un écosystème urbain pluriel, où cohabitent luxe, santé, tech, architecture et services publics. La capacité du territoire à absorber sa vacance structurelle tout en attirant des profils inédits déterminera la trajectoire des prochaines années.
