Contexte et enjeux
Le marché parisien des introductions en Bourse accueille ce 18 février 2026 un événement rare : l'entrée sur Euronext Growth de Rising Stone, promoteur de luxe spécialisé dans l'immobilier alpin haut de gamme. Il s'agit de la première cotation d'un acteur de la promotion immobilière depuis celle de Nexity en 2004, soit plus de deux décennies d'absence du secteur sur les marchés.
Fondée en 2016 par Jean-Thomas Olano, la société basée dans les Trois Vallées conçoit et construit des chalets et appartements d'exception dans les stations les plus prestigieuses des Alpes françaises : Méribel, Courchevel, Val d'Isère et Megève. Avec un prix moyen par unité avoisinant les 4 millions d'euros et une vente record enregistrée en juin 2025 (un appartement de 510 m² à Méribel, cédé à 58 000 euros le mètre carré hors taxes), Rising Stone occupe un positionnement résolument ultra premium.
Les faits clés de l'opération
- Montant levé : environ 25 millions d'euros d'augmentation de capital, auxquels s'ajoutent 5,3 millions de cessions d'actions existantes, soit 30,3 millions bruts (jusqu'à 39,1 millions avec les options d'extension)
- Fourchette de prix : entre 53,45 et 58,30 euros par action (code ALRIS, ISIN FR00140164Q1)
- Valorisation implicite : environ 140 millions d'euros au milieu de fourchette
- Couverture : 79,1 % de l'augmentation de capital déjà sécurisée par 16 investisseurs, dont Vatel Capital (4 millions), Fideas Capital (3,5 millions) et Banque Transatlantique (2,1 millions)
- Calendrier : fixation du prix définitif le 18 février, règlement le 20 février, premières cotations le 23 février 2026
- Éligibilité : PEA et PEA PME
Analyse approfondie
Un modèle à contre courant de la promotion classique
Rising Stone se distingue par une approche inversée de la chaîne de valeur. Là où la plupart des promoteurs calculent leurs coûts de construction à partir des prix du marché, la société identifie d'abord les emplacements d'exception, réalise une étude de marché approfondie, puis détermine ses coûts et prix finaux de manière indépendante.
« Nous sommes une entreprise du luxe spécialisée dans l'immobilier », Jean-Thomas Olano, fondateur et PDG de Rising Stone
Le groupe emploie 52 collaborateurs et a développé plus de 22 000 m² depuis sa création à travers 22 programmes. Son réseau commercial intégré comprend trois agences Barnes (Méribel, Courchevel, Saint-Martin-de-Belleville) ainsi que la structure Rising Stone International Estate. Un point notable : plus de 50 % des ventes proviennent de la recommandation entre clients, signe d'une clientèle fidélisée.
Un pipeline ambitieux de 1 milliard d'euros
L'essentiel des fonds levés (90 %, soit environ 19,8 millions d'euros) sera consacré à l'acquisition de foncier pour cinq à sept nouveaux projets. Les 10 % restants financeront des recrutements stratégiques dans la prospection commerciale et la gestion de projets.
La société affiche un pipeline de 15 programmes commerciaux en cours (335 unités, plus de 46 000 m²), complété par trois contrats pour le compte de tiers et plus de 130 opportunités foncières identifiées. Le potentiel de revenus cumulé à horizon 2030 est estimé à plus d'un milliard d'euros. Parmi les projets phares, le programme Allodis à Méribel, lancé en 2025, doit être livré fin 2027.
Les objectifs financiers sont explicites : un chiffre d'affaires consolidé d'au moins 75 millions d'euros en 2026 (contre environ 48 millions estimés pour 2025), puis 100 millions en 2027 et 155 millions minimum en 2028. Le résultat net devrait suivre la même trajectoire, passant de 9 millions estimés en 2025 à plus de 30 millions en 2028, avec une marge moyenne par projet de 18,1 % avant impôts.
Un marché alpin structurellement porteur
Le contexte de marché plaide en faveur du positionnement choisi. L'immobilier de montagne a surperformé le marché national ces dernières années, avec une progression de 18,1 % sur cinq ans contre 9 % pour l'ensemble du résidentiel français. Les stations premium affichent des prix records : Courchevel domine à 14 190 euros le mètre carré en moyenne, devant Val d'Isère (13 028 euros), tandis que le segment ultra luxe dépasse régulièrement les 30 000 euros.
Deux facteurs structurels renforcent cette dynamique. D'une part, l'attribution des Jeux olympiques d'hiver 2030 aux Alpes françaises constitue un catalyseur majeur. D'autre part, la réglementation énergétique contraint progressivement le parc existant : selon Rising Stone, 75 % des biens alpins seront confrontés à des restrictions locatives d'ici 2034, ouvrant un vaste marché de rénovation haut de gamme.
Perspectives d'experts
Vision optimiste
Le bureau d'analyse IDMidCaps considère la valorisation comme « attractive à l'introduction », avec un ratio cours sur bénéfices estimé à 9 fois les résultats 2026, susceptible de descendre sous les 5 fois à horizon 2028. La rareté foncière structurelle dans les stations premium, conjuguée à la politique de dividende annoncée (distribution d'au moins 40 % du résultat net dès 2026), constitue selon plusieurs analystes un couple rendement/croissance peu fréquent sur le segment des petites capitalisations.
Vision prudente
Plusieurs éléments incitent toutefois à la vigilance. L'historique financier publié se limite à deux exercices, et la dette s'élevait à 57,8 millions d'euros au 30 juin dernier, sans qu'aucune réduction ne soit prévue grâce aux fonds de l'IPO. La gouvernance reste concentrée autour du fondateur, et le flottant limité (21,63 % en base, 27,23 % avec extension) pourrait peser sur la liquidité du titre. Par ailleurs, la sensibilité cyclique du segment ultra luxe, les incertitudes climatiques pesant sur l'enneigement et les pressions réglementaires croissantes sur les résidences secondaires constituent des risques à surveiller.
Implications pour les lecteurs de Ganeden
L'entrée en Bourse de Rising Stone dépasse le cadre d'une simple opération de marché. Elle envoie un signal de confiance envers le secteur de la promotion immobilière française, après plus de vingt ans sans introduction comparable. Pour les investisseurs institutionnels et les professionnels de l'immobilier, cette opération offre une exposition directe à un segment de niche, l'immobilier de luxe alpin, habituellement accessible uniquement en gré à gré ou via des club deals privés.
La politique de dividende généreuse (40 % minimum) et l'éligibilité PEA PME en font également un véhicule potentiellement intéressant pour les investisseurs patrimoniaux recherchant un couple rendement et appréciation dans l'immobilier.
Ce qu'il faut surveiller
Le résultat définitif de l'offre, attendu ce 18 février, donnera une première indication de l'appétit des investisseurs. Les premières cotations, prévues le 23 février sur Euronext Growth, révéleront la prime ou la décote que le marché accorde à ce profil atypique de promoteur coté. À plus long terme, la capacité de Rising Stone à convertir son pipeline de 1 milliard d'euros en revenus effectifs, tout en maintenant ses marges dans un contexte de hausse des coûts de construction, constituera le véritable test de la thèse d'investissement.
Conclusion
Avec Rising Stone, le marché parisien retrouve un promoteur immobilier parmi ses sociétés cotées, une première en plus de deux décennies. L'opération, portée par un positionnement de niche dans le luxe alpin et un pipeline ambitieux, cristallise les espoirs d'un secteur immobilier en quête de nouveaux relais de croissance. Reste à vérifier si les ambitions affichées, tripler le chiffre d'affaires en trois ans, résisteront à l'épreuve des marchés.
