Contexte et enjeux
L'Établissement public foncier d'Île-de-France (EPFIF) change de capitaine. Guillaume Terraillot a officiellement pris ses fonctions de directeur général le 1er janvier 2026, succédant à Gilles Bouvelot qui part à la retraite après 19 années passées à la tête de l'institution. Cette nomination, actée par arrêté ministériel du 26 novembre 2025, intervient dans un contexte particulièrement tendu pour le secteur du logement francilien.
Les faits clés
- Guillaume Terraillot, polytechnicien et ingénieur des Ponts et Forêts, occupait depuis 2021 le poste de directeur général adjoint de l'EPFIF
- L'établissement gère un portefeuille foncier estimé à près de 3 milliards d'euros
- L'EPFIF est le partenaire de 350 collectivités franciliennes et couvre 75 % de la population régionale
- Entre 2016 et 2022, l'établissement a contribué à la production de 32 400 logements
- L'investissement annuel s'élève à environ 500 millions d'euros
Analyse approfondie
Un parcours orienté vers l'aménagement du territoire
Avant de rejoindre l'EPFIF en 2021, Guillaume Terraillot a occupé plusieurs postes stratégiques. Après des débuts comme analyste financier chez Dexia à Londres, il s'est orienté vers le service public : direction du service aménagement, planification et prospective en Seine-et-Marne (2013), puis conseiller au cabinet de Valérie Pécresse à la Région Île-de-France (2018), où il était en charge de l'aménagement, de l'immobilier et du logement.
Au sein de l'EPFIF, il a notamment piloté la mise en place de la stratégie environnementale de l'établissement, avec un objectif affiché de réduction de 30 % de l'impact carbone opérationnel.
Un défi de taille : le Programme Pluriannuel d'Intervention 2026-2030
La première échéance majeure pour le nouveau directeur général sera l'adoption du Programme Pluriannuel d'Intervention (PPI) 2026-2030, attendue au premier semestre 2026. Cette feuille de route quinquennale devra concilier plusieurs objectifs parfois contradictoires : produire davantage de logements, respecter l'objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN), et accompagner la réindustrialisation de la région.
Perspectives d'experts
Vision optimiste
Le président du conseil d'administration de l'EPFIF, Jean-Philippe Dugoin-Clément, a qualifié cette transition de « changement dans la continuité ». L'arrivée d'un cadre déjà en poste au sein de l'établissement garantit une connaissance approfondie des dossiers en cours et des relations établies avec les collectivités partenaires.
« C'est le changement dans la continuité » — Jean-Philippe Dugoin-Clément, Président du Conseil d'administration de l'EPF Île-de-France
Vision prudente
Le contexte reste préoccupant. Le nombre de logements commencés en Île-de-France atteint son niveau le plus bas depuis 1980. Les mises en chantier ont reculé de 23,3 % sur un an. La Région fait par ailleurs face à une restriction de ses recettes par l'État, avec un manque à gagner estimé à 180 millions d'euros en 2026.
« Relancer la production de logements en Île-de-France est une priorité nationale. Cela passe par la mobilisation de tous les leviers : foncier, simplification administrative, financement, innovation et coopération renforcée. » — Valérie Létard, Ministre du Logement
Implications pour les professionnels de l'immobilier
Pour les acteurs du secteur, cette nomination signale une continuité dans la stratégie de l'établissement, tout en ouvrant une nouvelle phase d'adaptation aux contraintes réglementaires et budgétaires. L'EPFIF reste un levier majeur pour débloquer des opérations foncières complexes, notamment dans les secteurs impactés par la pollution des sols ou le morcellement parcellaire.
Le budget 2026 de la Région Île-de-France prévoit 20 millions d'euros en faveur du logement et 34 millions pour les Quartiers innovants et écologiques, confirmant la volonté politique de maintenir l'effort malgré les contraintes.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs échéances rythmeront les prochains mois :
- L'adoption du PPI 2026-2030, qui définira les priorités d'intervention de l'établissement
- Les orientations stratégiques de l'État, encore attendues, qui cadreront l'action de l'EPFIF
- L'évolution des indicateurs de construction neuve en Île-de-France
- Les arbitrages entre production de logements, développement économique et objectif ZAN
Conclusion
Guillaume Terraillot prend les commandes de l'EPFIF à un moment charnière. Avec près de 3 milliards d'euros de foncier sous gestion et 200 collaborateurs, l'établissement dispose des moyens d'agir. Reste à définir les priorités dans un environnement où les injonctions contradictoires — construire plus, artificialiser moins, faire avec moins de moyens publics — compliquent l'équation. La feuille de route 2026-2030 apportera les premières réponses.
